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Les enseignants et les élèves qui participent aux ateliers SEED (Schlumberger Excellence in Education Development) apprennent à se servir d'ordinateurs et d'Internet. Toutefois, contrairement à ce que certains seraient tentés de penser, les technologies de l'information ne sont pas au cœur de cette expérience. "Nous nous opposons à cette approche", déclare David Cavallo, Directeur du groupe Future of Learning. "Pour nous, c'est l'apprentissage qui prime."
 David Cavallo : "Pour nous, c'est l'apprentissage qui prime." |
David Cavallo a participé à l'atelier de Villahermosa, où s'il s'est rendu avec un groupe de ses étudiants de cycle supérieur. La théorie sur laquelle son équipe fonde ses travaux est au cœur de ce que SEED met actuellement en place dans ses écoles à travers le monde.
Seymour Papert, Professeur et Fondateur du groupe Future of Learning, a appelé cette théorie le "constructionnisme". Celle-ci s'appuie sur le « constructivisme » de Jean Piaget. Le site Web du Future of Learning explique que cette théorie part du principe que les gens apprennent en assimilant de nouvelles connaissances de manière active et non en accumulant passivement des informations. En outre, selon le constructionnisme, l'apprentissage des personnes est particulièrement efficace lorsque celles-ci sont impliquées dans la réalisation d'une œuvre personnelle (qui revêt un sens particulier et qui est réfléchie) (telle que des programmes informatiques, des animations ou des robots).
 Le public a posé de nombreuses questions sur le constructionnisme. |
Selon cette approche, appliquée dans le cadre de l'atelier de Villahermosa (voir le récit), les enfants et les adultes deviennent des apprenants actifs en choisissant les projets qui les intéressent et en les réalisant. Cela peut aller de la construction d'un véhicule à la collecte des déchets, en passant par la mise en place d'un système de purification de l'eau dans une école.
« On apprend la musique en composant. L'aspect émotionnel est primordial », explique David Cavallo. Dans Roballet (ballet de robots), toute dernière expérience du groupe, de jeunes danseurs, le corps couvert d'appareils électroniques sans fil, évoluent sur une scène cernée de capteurs de mouvements que les enfants ont programmés eux-mêmes. Chaque pas, le moindre mouvement déclenchent des réactions visuelles et auditives spectaculaires. "C'est un travail de discipline extraordinaire qui se sert de la technologie comme d'un lien entre la dynamique du corps humain et les idées abstraites que nous nous faisons du monde (et celles de nos enfants)", explique Seymour Papert, Fondateur du groupe Future of Learning, à MIT News.
"Notre objectif, c'est que les enfants expérimentent le type de pensée mathématique qui leur permet, dans la vie de tous les jours, d'utiliser le sens qu'ils ont du mouvement de leurs corps dans l'espace et dans le temps et de relier la pensée à l'action, afin d'obtenir une animation qui les suive sur scène, qu'il s'agisse d'un bras de robot qui bouge ou d'une musique qui se transforme. Ce genre de mathématiques est plus difficile que celui enseigné à l'école. Il s'agit également d'une approche des mathématiques plus relationnelle, plus près du réel et du ressenti", a ajouté David Cavallo sur MIT News.
Dans l'atelier de Villahermosa, il est allé plus loin et a expliqué ceci : « les mathématiques sont prévues pour être enseignées avec un crayon et du papier. Cette méthode est facile, mais elle ne constitue pas forcément une bonne approche des mathématiques. Les enfants font des divisions et des séries d'opérations des années durant. C'est une perte de temps lorsque l'on dispose de calculatrices et de feuilles de calcul. Ce dont ils ont besoin, c'est de comprendre les algorithmes, mais, une fois qu'ils ont saisi le mécanisme, il n'est pas utile d'insister sur la théorie. »
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« Les bébés sont les meilleurs apprenants », selon David Cavallo. « Lorsqu'ils lancent un objet, ils explorent la gravité. Ils l'expérimentent. C'est un processus purement scientifique. Ont-ils peur de se tromper ? Non. La peur de commettre des erreurs est l'un des plus grands obstacles à l'apprentissage. La peur d'essayer, d'explorer, d'expérimenter, d'être ridicule. Nous allons vous présenter un type d'apprentissage qui s'apparente au comportement des bébés, mais avec des outils et des capacités supplémentaires. »
Selon Cavallo, les connaissances acquises par l'enseignement traditionnel sont éphémères, car elles ne sont reliées à aucune expérience réelle. Nous détachons l'enseignement de toute application pratique.
L'essence de l'environnement d'apprentissage numérique est de mettre l'enseignement au premier plan tout en se servant de la technologie pour élargir l'étendue des connaissances. Cet effort se traduit par la création de projets au travers desquels les individus s'instruisent en fonction de leur centres d'intérêt et de leurs passions. « Ces projets comportent plusieurs dimensions. Ils sont ouverts. Les élèves suivent le fil de leurs idées et poursuivent leurs propres objectifs. Le programme n'est pas défini à l'avance. Ils apprennent par la pratique et non en suivant des cours. »
« Les maths ont été inventées pour comprendre le monde. Ce n'est pourtant pas dans cette optique qu'elles sont enseignées à l'école. Notre méthode est parfaitement adaptée aux élèves en difficulté. Les principaux obstacles à la mise en oeuvre de cette méthode sont son coût (lorsqu'elle implique le recours à des technologies) et l'inertie des institutions.
David termine sa présentation. On passe aux questions. Un enseignant reconnaît la valeur de cette méthode et ajoute : « Il est plus aisé de convaincre les enfants que les parents. »
« En Thaïlande, j'ai rencontré des parents qui, après avoir observé leurs enfants devant un ordinateur, nous ont dit : "Vous vous moquez de nous, ils sont en train de s'amuser",répond Cavallo.
Un élève lève la main et demande : "Comment faire pour que les enseignants modifient leur façon d'enseigner ? Faire des devoirs le soir n'est pas toujours la meilleure façon d'apprendre."
Cavallo vient à la rescousse des professeurs et explique que ce n'est pas forcément leur faute. Ils ont des contraintes matérielles et un programme à appliquer.
Mais le message de base reste que les bébés, eux, savent comment apprendre. "Si l'on dit de notre méthode qu'elle est puérile, cela revient à dire qu'elle est efficace." Cavallo ne le sait peut-être pas, mais Baudelaire, célèbre poète romantique, a un jour écrit que "le génie n'est que l'enfance retrouvée à volonté".
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"Autre chose", ajoute Cavallo. "Nous pensons qu'il est important de remettre en cause le contenu du programme. Il est bon de se demander pourquoi on doit étudier les maths en général ou ce type de maths en particulier, en Terminale par exemple. Pourquoi se soucier de cette matière ?"
Cela peut expliquer pourquoi le constructionnisme n'est généralement pas utilisé dans les écoles traditionnelles. L'un des principaux enseignements que Cavallo et ses élèves ont retirés des ateliers qu'ils organisent à travers le monde, c'est que les écoles traditionnelles se ressemblent toutes. "Même les bâtiments sont très similaires", dit Cavallo. "Les lieux d'enseignement ne devraient pas se ressembler partout dans le monde. Les types de problèmes scolaires et les objectifs d'apprentissage sont bien trop nombreux pour cela."
C'est sans doute pour cette raison que le groupe Future of Learning a davantage de succès auprès des professeurs d'art qu'auprès des autres enseignants. "Ils sont habitués à travailler avec différents supports pratiques, cela ne leur fait pas peur", explique Cavallo, tout en regrettant : "Les directeurs des établissements scolaires n'inscrivent jamais leurs enseignants à nos ateliers."
Beaucoup de gens à travers le monde essaient de résoudre la crise de l'éducation, mais "personne ne sait vraiment quoi faire", ajoute Cavallo.
Il est pour sa part en faveur d'une solution où les élèves doivent faire appel à leur créativité, afin de réaliser des projets pour lesquels ils se sentent vraiment concernés. C'est possible, comme on l'a vu à Villahermosa, en utilisant du matériel tout simple, comme du papier de couleur et des boîtes en carton. Cette méthode a permis aux élèves du Centro Educativo Integral de comprendre pourquoi le système de distribution d'eau était inadapté et a suscité leur intérêt et leur implication. Pour réaliser leurs maquettes, ils ont dû rechercher l'emplacement des réservoirs d'eau et découvrir comment l'eau était distribuée d'un point à un autre. Ils devaient s'intéresser aux pompes, à la gravité et à bien d'autres sujets qu'ils étudient à l'école, mais dans le cadre d'une approche complètement différente.
« Le problème est que l'enseignement est complètement déconnecté de la pratique, » déclare Cavallo à propos de la méthode traditionnelle. « L'importance d'ateliers comme celui-ci est de fournir une expérience concrète. Les gens ont besoin d'expérimenter par eux-mêmes. C'est pour cette raison que l'enseignement par Internet rencontre autant de difficultés. Il est impossible de tout assimiler uniquement par la lecture et l'écoute. Si vous êtes sur le point d'élucider une question en éprouvant son côté pratique, l'explication arrive alors à point nommé. Si vous n'en êtes qu'à la théorie, elle n'est pas nécessaire. »
Les ordinateurs ne sont sans doute pas au centre de cette méthode, mais ils constituent un merveilleux outil. « Ils facilitent la collecte d'informations et l'élaboration de modèles complexes, » explique Cavallo. "Les ordinateurs nous permettent de comprendre des phénomènes comme le cycle de l'eau ou d'étudier des sujets qui seraient autrement trop vastes, trop minutieux ou trop complexes." D'après lui, construire des voitures miniatures, par exemple, est un moyen de concrétiser certains problèmes comme la gravité d'une voiture lorsqu'elle monte une colline.
Cavallo est convaincu que, pour trouver une réponse à toutes les questions liées à la crise de l'éducation, nous devons rechercher dans différentes directions à la fois et expérimenter différentes approches. « Au lieu d'essayer de résoudre le problème par une méthode descendante, dit-il, on adopte une approche ascendante. La crise de l'éducation est un problème tellement énorme que personne ni aucune institution ne serait capable de fournir une solution valable pour tous. Des efforts conjoints et répartis dans un réseau de petites unités de travail nous semblent davantage adaptés. Nous travaillons dans ce sens. »
Le Future of Learning a découvert un grand nombre de projets locaux passionnants dans de nombreux endroits à travers le monde. Personne ne connaît leur existence, parce que ceux qui s'en occupent se concentrent davantage sur les résultats et l'obtention de fonds que sur la communication. « Nous voulons les connecter au monde extérieur, » déclare Cavallo. Cette étape d'apprentissage est la prochaine de l'ère de l'informatique.
Après avoir essayé de révolutionner l'enseignement en fournissant des ordinateurs aux écoles, les personnes désireuses d'apporter leur aide leur ont donné accès à Internet. Lorsqu'elles ont dû reconnaître que cela ne suffisait pas, elles ont formé les enseignants. L'étape suivante, selon Papert, Cavallo et leur équipe, est de modifier le mode d'apprentissage. Cavallo insiste sur le fait que « beaucoup des actions que nous entreprenons sont réalisables sans technologie, mais avec la technologie, il est possible d'atteindre un plus grand nombre de personnes. »
C'est là que SEED intervient.
 APPRENTISSAGE ACTIF A VILLAHERMOSA LA SALLE DES ROBOTS LA SALLE DE PROJET ET D'EXPÉRIMENTATION PENDANT CE TEMPS, DANS LE LABORATOIRE MICROWORLDS... QU'EST-CE QUE L'APPRENTISSAGE ACTIF ? LIENS
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