
Une borne typique, avec un « coquillage » et «Saint-Jacques » (Santiago), indiquant le chemin au pèlerins, à l'endroit où Philippe entammait la traversée de la « Meseta », un passage ardu de cette seconde partie du voyage.
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Le 18 août 2005, je reprennait ma route le long du chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Je me suis rendu en train à Saint Jean Pied de Port, en France, puis j’ai pris un taxi jusqu'à l’endroit exact où j’avais interrompu mon pèlerinage l'an passé : à l'entrée d'un petit restaurant du village de Larcevaud. C'est là que je me suis lancé dans une randonnée de 800 kilomètres au delà de la frontière espagnole.
Fort de mon expérience de l'année précédente, j'ai réussi à limiter le poids de mon équipement à 8 kilos exactement, soit un dixième de mon propre poids. Mon paquetage est composé d'eau à consommer avec parcimonie, ainsi que de nombreuses chaussettes et quelques vêtements de rechange.
Le lendemain matin, j'ai franchi la porte de l’Espagne, un monument à la sortie du dernier village français traversé. Contrairement à l’année précédente, le nombre de pèlerins est plus important. La veille au soir, j'ai récupéré la « créanciale » officielle (carnet de route des pèlerins) que je dois faire tamponer dans toutes les villes et tous les villages où je fais étape. Mon carnet de route de l'an passée est déjà presque rempli.
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La « créanciale » prouvant mon passage dans chaque ville étape et à certains endroits du chemin de Saint-Jacques de Compostelle. |
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Ma deuxième journée de marche s'annonçe raide. Partis d'un point à 320 mètres d'altitude, nous devons monter jusqu'à 1 410 mètres pour franchir le col pyrénéen de Lepoeder, qui marque la frontière avec l'Espagne. A ce passage, il n’y a ni douaniers, ni agents de sécurité. Et c'est vraiment l’Europe : des deux côtés de la frontière on parle le même patois, le basque.
Le troisième jour, j'arrive à Pampelune, après avoir parcouru une distance de 40 km. Pampelune est connue pour sa féria, pendant laquelle les taureaux sont lâchés dans les rues de la ville. Après Pampelune, il faut à nouveau franchir une chaîne de montagnes, puis deux jours après, une autre, la Sierra de Cerniz. Cet itinéraire est très différent du chemin plutôt plat que j'ai parcouru en France. A présent, la plupart des gens que je croise me parlent en espagnol, à quelques exceptions près, par exemple, lorsque je discute avec des pélerins hongrois, canadiens ou irlandais. Lors de la traversée de grandes villes telles Logrono ou Burgos, je suis frappé par les zones industrielles interminables, les « poligones industriels ». Certains pèlerins préfèrent éviter ces banlieues en prenant des bus, car ils pensent qu'elles n’ont rien à voir avec la tradition médiévale. Quant à moi, je ne peux pas me résoudre à faire la même chose.

La Cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle |
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Le cap Finisterre, la fin de l’Europe. |
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Après 10 jours de marche et de façon totalement inattendue, une ampoule est apparue sur mon talon gauche. J'ai également dû subir l'attaque de petits moucherons lors de la traversée de la « Meseta », vaste plateau monotone. Et à mon arrivée à El Burgo Ranero, un petit village à quelques kilomètres de Sahagun, je réalise qu'il me reste 360 kilomètres à parcourir avant d'atteindre Saint-Jacques de Compostelle. Je marche sans interruption depuis déjà 13 jours. Le lendemain, à Léon, je rencontre un pèlerin italien. Il s'est fixé l'objectif surréaliste de rejoindre Astorga à 48 kilomètres de là en une seule journée. Ensemble, nous réussissons ! Les pèlerins sont de plus en plus nombreux sur le chemin. Généralement, je les double. Mais, lors de mon ascension des monts du Cebreiro, sous la pluie, un monsieur en bonne forme physique bien qu'assez âgé m’a doublé. Il courait presque en dépit du fort dénivelé de la montée qui nous hissait de 500 mètres à 1 400 mètres d'altitude. C'est sous une pluie battante que nous avons franchi le col qui marque la frontière avec la Galice, dont la capitale est Saint-Jacques de Compostelle située à 151,5 kilomètres. Quelques kilomètres plus loin, au col de Saint Roch, je me suis vraiment senti solidaire de la statue du pèlerin. Il brave le vent et la pluie. A l'exception de mon poncho rouge, nous nous ressemblons beaucoup. Peu de temps après, j'arrive à Sarria. Beaucoup de pèlerins partent de ce point, car il suffit d'effectuer un pèlerinage de 100 kilomètres vers Saint-Jacques afin d'obtenir la « Compostelle ». Un flot incessant de marcheurs envahit maintenant le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Deux jours plus tard, comme j'avale quotidiennement la distance équivalente à celle d'un marathon, j'atteins le panneau indiquant l'entrée de la ville de Saint-Jacques de Compostelle. Même si un pont au-dessus de la voie rapide et un grand nombre d'usines gâchent la beauté légendaire du paysage, je me sens prêt à tomber à genoux et à chanter. J'éprouve le même sentiment que les pèlerins qui m'ont précédé plusieurs siècles auparavant. Au fur et à mesure que je m'enfonçe dans le centre-ville, tout semble différent : les clochers des églises, la porte du pèlerin et brusquement la vaste esplanade où trône la cathédrale avec son style unique. Je dois avouer qu’une larme a coulé sur ma joue et j’ai vu qu'il en était de même pour tous les autres pèlerins. A plus de 1600 kilomètres du Vézelay, j’ai enfin achevé ma quête.
A Saint-Jacques de Compostelle, je reçois un diplôme rédigé en latin attestant que j'ai bien effectué le pèlerinage à pied depuis la France jusqu'à Saint-Jacques. Le lendemain, je prends un bus en direction de Finisterre, ce qui signifie littéralement la fin de la terre. La tradition veut que les pélerins brûlent toutes leurs affaires afin de repartir à zéro. Je me contente de brûler une chaussette. Je n’aurais jamais imaginé à quel point cela pouvait être difficile. Le jour suivant, je m’envole vers Paris, parcourant ainsi en quelques heures les kilomètres que j'avais parcourus en 52 jours.
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Première rangée :
Entrée de la ville de Saint-Jacques de Compostelle.
Pont de Punta la Reina (Pont de la Reine).
Diplôme que Philippe a reçu après avoir accompli le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle.
Deuxième rangée :
On trouve beaucoup plus de pèlerins en Espagne qu’en France.
Statue représentant un ancien pèlerin luttant contre la pluie près du col de Cebreiro (à 1 300 mètres d'altitude). Ce jour là, je ressentais la même chose alors que je marchais sous une pluie battante.
« Cruz de Hierro » (Croix de fer).
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