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Qui serait assez fou pour sauter d'un avion en parfait état de marche, accélérer pendant onze secondes pour atteindre une vitesse terminale de 200 km/h, lorsque la pesanteur est égale à la résistance du vent ? Plus de gens qu'on pourrait le croire, en fait. Rien qu'en Amérique du Nord, pas moins de 130 000 personnes effectuent une moyenne de 18 sauts par an.
La plupart d'entre nous ont fait l'expérience du vol libre... ne serait-ce que dans nos rêves. La paix et la quiétude que l'on trouve en dormant sont comparables aux sensations du parachutisme. Le saut en parachute est une expérience géante. En vol libre, on sent simplement la pression de l'air contre son corps, puis soudain, le parachute s'ouvre. Avec les parachutes modernes rectangulaires, ça tire légèrement au niveau des épaules. La résistance de l'air contre le corps, qui ne représente pas plus d'un mètre carré, augmente considérablement maintenant que les 25 mètres carrés de la voile sont également soumis à la traînée. A présent, on ne descend plus que de 6 mètres par seconde (20 pieds par seconde), ce qui permet d'atterrir sur la pointe des pieds.
J'ai fait mon premier saut au printemps 1970. A cette époque, les parachutes étaient ronds comme des champignons. La formation intensive a duré plusieurs semaines. Nous avons effectué pas moins de 40 exercices de « redressements assis » sans interruption afin de se renforcer le dos (en position allongée, les jambes fléchies, il faut remonter le buste au niveau des genoux, puis retourner en position allongée). J'ai dû potasser un manuel de 200 pages et subir des examens médicaux très poussés avant d'être autorisé à effectuer un saut avec une sangle d'ouverture automatique. Il a fallu étudier à fond la technique du PLF (Parachute Landing Fall), qui convertit le mouvement vertical en un mouvement rotatif à l'atterrissage car il était alors impossible d'atterrir debout. Quand je préparais mon brevet, deux membres du club de parachutisme de l'université de Paris auquel j'appartenais se sont tués. L'un a heurté des lignes électriques et l'autre n'a pas réussi à tirer sur la poignée d'ouverture du parachute. Lors de notre premier saut, nous avons dû parcourir 245 kilomètres pour trouver une piste d'atterrissage jugée sûre par le club.
Notre premier saut a été fantastique car nous n'avions aucune idée de ce qui nous attendait. Le fait que nos épaules soient meurtries à l'ouverture du parachute lors du saut avec sangle d'ouverture automatique n'était pas un problème en soi, mais nous avons eu plus d'appréhension pour les autres sauts. Pour le sixième saut, qui marquait la fin de cette première campagne, j'ai été largué trop loin de la zone de sauts et j'ai dû atterrir en plein vent et à une vitesse maximale pour éviter une maison de deux étages. J'ai roulé par terre et je me suis vraiment fait mal au bas du dos. J'ai alors décidé le mettre le parachutisme en veilleuse pendant quelques temps.
En 1995, ma fille de 21 ans parlait sans arrêt du parachutisme. Un samedi matin, nous avons donc assisté à une session d'entraînement avec sangle d'ouverture automatique, maintenant réduite à cinq heures. Les baskets avaient remplacé les lourdes bottes militaires qui étaient imposées pour la pratique du parachutisme vingt-cinq ans auparavant. Le parachute en forme de champignon a cédé la place aux voiles rectangulaires. Le parachute de secours n'était plus situé sur le ventre, mais sur le dos, sous le parachute principal. Alors que j'avais l'habitude de sauter par la porte de l'avion, il me fallait maintenant grimper sur l'aile d'un petit avion, regarder l'instructeur droit dans les yeux, attendre qu'il pose la question « Prêt ?», répondre « OUI » et hop, le grand saut ! Le fait de regarder la terre, perché sur une aile d'avion, était une expérience entièrement nouvelle pour moi. Le vol plané avec la voile m'a paru beaucoup plus cool et plus facile à maîtriser qu'avec un parachute rond. Avec ce dernier, il est impossible de changer de cap, alors que la voile rectangulaire se laisse facilement manœuvrer. J'ai pu atterrir debout car la vitesse d'approche était d'environ 50 % inférieure à ce qu'elle était avec les anciens parachutes ronds. Tout s'est parfaitement bien passé, sauf que j'étais inquiet pour ma fille, qui s'en est heureusement très bien sortie.
Cette deuxième série de sauts s'est bien déroulée jusqu'à ce que les suspentes de mon parachute s'entortillent sérieusement lors du 9ème saut. J'ai réussi à les démêler sans paniquer, mais ma radio ne marchait pas et j'ai dû faire appel à mon expérience « ancestrale » pour résoudre le problème par mes propres moyens. Quand j'ai atterri, j'ai vu la masse des membres du club courir dans ma direction. Ils étaient très inquiets car ils avaient eu peur que je m'empale sur une clôture qui se trouvait à 65 mètres de là.
C'est l'avènement de la technique de progression accompagnée en chute (PAC) qui a motivé mon dixième saut. L'avantage du saut avec sangle d'ouverture automatique, c'est l'autonomie du contrôle de la voile ; la technique PAC, quant à elle, procure tout le plaisir de la chute libre. Mais sauter d'un avion, chuter à 200 km/h pendant une minute, tirer sur la poignée, ouvrir la voile et atterrir n'est jamais aussi simple que ça. Toute personne sautant d'un avion a de fortes chances de partir en looping, de voir successivement le ciel, puis la terre, puis le ciel, puis la terre..., de s'évanouir quelques secondes et d'être finalement incapable, au moment crucial, d'ouvrir le parachute. En revanche, si vous sautez de l'avion accompagné de deux instructeurs, qui sont accrochés à vous sans être véritablement attachés, le saut sera parfaitement maîtrisé. Ils jouent ainsi un rôle identique à celui des stabilisateurs sur un vélo ou un canoë qui apportent confort et sécurité. Et ils NOUS AIDENT VRAIMENT en cas d'urgence jusqu'à ce qu'on tire SOI-MEME la poignée d'ouverture. Ensuite, ON EST ENTIEREMENT SEUL.
J'ai appliqué la technique PAC avec mes deux instructeurs à 4 000 mètres (13 000 pieds) d'altitude. L'avion est sorti de mon champ de vision immédiatement après avoir sauté et j'ai perdu connaissance pendant une fraction de seconde. Ensuite, j'ai réalisé que quelqu'un, une quatrième personne, me faisait signe pour que je sourie pendant qu'il prenait des photos. Je ne sentais quasiment rien bien que ma vitesse ait déjà atteint plus de 160 km/h. J'ai également réalisé que la position voûtée de mon corps était plutôt correcte alors qu'il m'avait paru si difficile d'effectuer les exercices au sol. J'ai fait un petit « tour de reconnaissance » en regardant mes instructeurs l'un après l'autre et en vérifiant mon altitude : un peu plus de 3 500 mètres (12 000 pieds). Ensuite, j'ai simulé trois actionnements de la poignée en conservant ma position voûtée. Après un deuxième « tour de reconnaissance », j'ai de nouveau vérifié mon altitude : 1 600 mètres (5 500 pieds). C'était le moment de tirer la poignée d'ouverture pour de bon. La voile ne s'est pas bien ouverte, mais au bout de quelques secondes, elle avait l'air d'être stable et orientable, et suffisamment déployée pour ne pas avoir à utiliser le parachute de secours. Le vol s'est terminé très tranquillement et j'ai atterri debout, tout près de la cible d'atterrissage.
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Cela peut surprendre, mais le parachutisme n'est pas le sport le plus dangereux. On compte en moyenne 29 accidents mortels par an. Cela représente un mort tous les 82 000 sauts ou un mort sur 3 800 participants. Il est beaucoup plus dangereux de faire de la bicyclette, avec une moyenne de 856 morts et de 581 000 blessés recensés en 1985 en Amérique du Nord. Aux Etats-Unis, en une année type, on compte 7 000 morts par noyade, 1 063 décès dans le cadre de la navigation de plaisance, 47 dans le cadre d'activités de ski nautique et 4 dans le basket-ball. |
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