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Les réflexions d'un musicien classique (musique occidentale)
L'importance d'un bon professeur

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A mesure que les années filent, il devient primordial de trouver le bon professeur, même pour les plus doués. Quand j'avais à peu près 40 ans, j'ai pris des leçons pendant une année avec le célèbre pianiste Robert Goldsand, qui lui avait environ 80 ans à l'époque et est décédé depuis. Goldsand avait été un jeune prodige à Vienne, en Autriche, au début des années 1900. Il avait alors comme professeur un grand pianiste appelé Moriz Rosenthal. Rosenthal avait lui-même appris le piano avec Franz Liszt, le célèbre compositeur. Goldsand était un homme peu loquace qui avait conservé l'aisance du prodige à puiser directement dans sa musicalité. Chaque leçon était comme une porte laissée entrouverte, par laquelle je pouvais me faufiler pour accéder à son paradis. Et à la fin de chaque leçon, je savais qu'il me fallait quitter ce paradis par la même porte.
Johannes Brahms Wolfgang Amadeus Mozart J.S. Bach

De gauche à droite :

Johannes Brahms (7 mai 1833 - 3 avril 1897) : compositeur allemand de musique romantique, considéré come le successeur de Beethoven.

Wolfgang Amadeus Mozart (27 janvier 1756 - 5 décembre 1791) : considéré comme un génie de la musique classique européenne, il révéla des dons musicaux prodigieux dès son plus jeune âge et approcha la perfection.

Johann Sebastian Bach (21 mars 1685 - 28 juillet 1750) : compositeur et organiste allemand de la période baroque, universellement considéré comme l'un des plus grands compositeurs de tous les temps. Portrait par Elias Gottlob Haussmann, 1748

Lors des leçons avec Goldsand, il fallait déjà connaître le morceau par cœur. L'objectif des leçons était d'apprendre à interpréter la musique et, étant donné son âge et comme il venait de Vienne, Goldsand était un pur traditionaliste. Son beau-père avait été un proche de Johannes Brahms, le cinquième de la grande lignée des compositeurs allemands, à la suite de Bach, Mozart, Schubert et Beethoven. Par conséquent, lorsque je travaillais une œuvre de Brahms, l'un et l'autre savions parfaitement comment je devais l'interpréter : de la façon de Goldsand. C'était assez conflictuel, non pas parce que j'étais en désaccord avec Goldsand, mais parce qu'il existe toujours des compositeurs avec lesquels un musicien se sent instinctivement en communion. Pour moi, Brahms était l'un de ceux-là. Je pensais que je n'avais pas besoin de conseils. Mais ce n'était pas l'avis de Goldsand !

Ses conseils sur Mozart étaient tout aussi précieux. Je n'ai jamais réussi à jouer Mozart, non pas en raison de la difficulté technique, mais parce qu'il me manquait précisément cette communion. Mozart est considéré par tous comme le génie de la musique classique européenne et, à moins de ressentir très fortement sa musique, cela ne vaut pas vraiment la peine de le jouer. Quelqu'un fit un jour un trait d'esprit en remarquant que Mozart était trop facile pour les amateurs et trop difficile pour les professionnels, voulant dire par là qu'on peut certes jouer les notes assez facilement, mais que leur interprétation dépasse la capacité de la plupart des musiciens ordinaires. Auparavant, je n'arrivais pas à me sentir proche de la musique de Mozart, mais grâce à Goldsand, j'ai réussi à m'en rapprocher de quelques millimètres. Malheureusement, nos leçons se sont arrêtées et il est maintenant décédé. Je regrette encore une fois d'avoir dû abandonner Mozart.

Comme de nombreux enfants virtuoses qui sont par la suite devenus des musiciens de renom reconnus dans le monde entier, y compris tous ceux mentionnés dans cet article, Goldsand était Juif. Il a fui les Nazis pour se réfugier aux Etats-Unis, où il a continué à jouer et à enseigner jusque dans sa vieillesse. Personne n'est jamais parvenu à expliquer pourquoi le talent musical classique est aussi fortement présent chez les Juifs. A part dans le monde occidental, la popularité de la musique classique est quasi inexistante. Certains musiciens de renommée mondiale viennent du Japon, de Corée ou de Chine, mais très peu du Moyen Orient, d'Afrique ou de l'Inde. Lang Lang, le jeune pianiste chinois, promet de devenir le Vladimir Horowitz du 21ème siècle.

Jouer de la musique est un voyage sans fin, comme tout ce qui est dur et qui vaut la peine. Je joue les mêmes œuvres depuis 45 ans et je trouve toujours de nouvelles choses à leur faire dire. Je sais que je ne jouerai jamais aussi bien que Vladimir Horowitz ou Lang Lang, mais cela ne m'empêche pas de persévérer. Partout dans le monde, les musiciens, qu'ils soient prodiges ou amateurs, recherchent la perfection car la musique est le seul langage qu'ils connaissent vraiment. Sans elle, ils se sentent muets et inutiles.

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