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Récit d'une ascension première partie deuxième partie troisème partie |
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En haute montagne, aucune ascension ne peut commencer, sans « poojah ». Il s'agit d'un cérémonial bouddhiste destiné à apaiser les dieux et à prier pour que les conditions soient favorables. Ce cérémonial est présidé par un lhama. Dans notre cas, ce sera l'un de nos trois sherpas. Les sherpas sont des locaux particulièrement adaptés à l'altitude, qui nous aident à trouver la voie et portent nos bagages jusqu'au sommet.
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Le chemin entre le camp de base et le camp 1 longe le glacier, puis se termine par une pente raide qui grimpe à 6 400 m.
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Montée après le camp 1
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A l'approche des falaises de glace.
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Sur les falaises de glace.
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Vue du camp 1 : une multitude de petits points oranges. Nous commençons à dépasser les crêtes voisines.
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Le camp 2 à 7 000 m. Le paysage aride à droite est le plateau Tibétain qui s'étend vers le nord.
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Récit d'une ascension Suite à la troisième partie |
En alpinisme, le danger peut être subjectif ou objectif. Le danger subjectif est d'une certaine manière contrôlable, par exemple lorsque vous vissez le piton à glace de sorte qu'il vous soutienne. Un jour, un piton vissé dans une couche de glace de quelques centimètres m'a sauvé la vie. Je me trouvais sur la face de l'Himalaya qui surplombe une vallée glaciaire où personne ne s'était encore aventuré à l'époque (1965) et que les secours ne pouvaient pas atteindre. J'étais premier de cordée sur une longueur particulièrement difficile (nom donné à la partie de l'ascension qui s'effectue avec une seule longueur de corde) lorsque j'ai glissé. Je suis tombé et j'ai entraîné mon compagnon dans le vide. Le piton a supporté nos deux poids et nous nous sommes balancés quelques minutes suspendus, avant de parvenir à nous redresser.
En revanche, le danger objectif est celui sur lequel vous n'avez en général aucune influence. Il peut s'agir d'une chute de rochers, d'une avalanche, d'un orage, etc. L'expérience réduit ces risques, mais ils ne disparaissent jamais complètement. Sept ans après l'épisode du piton, je suis retourné sur la même face de l'Himalaya, toujours réputée inaccessible et je suis resté bloqué sur l'une des crêtes pointues alors que la foudre frappait de toute part. Par chance, l'éclair a touché une des arrêtes voisines et nous avons juste eu l'impression d'avoir été parcouru par du 110 volts.
Le stress de grimper dans des conditions objectivement dangereuses peut parfois s'avérer difficile à gérer, ainsi que je l'ai expérimenté alors que j'étais premier de cordée sur l'arrête Zmutt du Matterhorn avec celui qui m'a fait découvrir l'alpinisme (après mon père) et un ami. C'est une voie difficile que j'avais déjà empruntée dans des conditions parfaites trois ans auparavant avec deux personnes non encordées. Cette fois-ci, elle était couverte de neige et de glace et était extrêmement dangereuse. Nous étions arrivés à un point où tout retour en arrière eût été plus dangereux que de poursuivre, ce qui est souvent le cas lors d'escalades techniques. Nous avons ensuite amorcé un tronçon long et incontournable sur la face est de la montagne. Nous n'avions aucune protection en cas de chute et nous avons escaladé les 500 mètres qui nous séparaient de l'arrête avec précaution. Un seul faux-pas nous aurait tous projetés dans le vide. Arrivé sur l'arrête, j'ai vu un piton bien ancré dans une fissure et je m'y suis aussitôt attaché pour sécuriser notre cordée. J'en ai pleuré de soulagement.
Nous avions progressé tellement doucement lors de cette ascension du Matterhorn que nous avons finalement bivouaqué juste en dessous en sommet. En alpinisme, il faut s'habituer à dormir dans des endroits bizarres. Sur l'Himalaya, j'ai dormi dans mon sac à dos extensible, parfait pour mes jambes, accroché à 6 000 mètres d'altitude. En Afghanistan, j'ai dormi sur une corniche glacée, juste en dessous d'un pic vierge que je venais de gravir dans la région de l'Hindu Kush. J'ai dormi à mi-parcours du Frendo en plein hiver avec le blizzard qui soufflait. Il s'agit d'une voie sur la face nord de l'Aiguille du Midi dans la vallée de Chamonix. Lors de la traversée des collines afghanes, j'ai dormi pendant trois semaines à la belle étoile, avec des nuits si claires qu'il était possible de voir passer des satellites. Souvent, je n'ai pas pu trouver le sommeil, en pensant à l'escalade du lendemain. De toute façon, lorsque vous êtes dans les Alpes ou au pied de L'Himalaya, vous ne disposez que de peu de temps pour dormir, car vous devez profiter des premières heures du matin lorsque la neige est dure.
Lorsque vous dormez en altitude, votre cerveau est parfois perturbé par la faible pression atmosphérique et cesse de signaler au corps qu'il doit respirer. Le terme technique est respiration de Cheyne-Stokes. Il y a trois ans, j'ai emmené ma famille faire un trekking dans les montagnes du Karakoram au nord-ouest du Pakistan, à la frontière de l'Inde et de la Chine. Nous avions marché une semaine et nous campions à 5 000 mètres sous une chaîne scintillante de pics et de glaciers. Cette nuit là, ma femme s'est réveillée et a réalisé qu'elle ne respirait plus. Elle s'est traînée à l'extérieur de la tente, dans la nuit gelée, pour prendre l'air et est restée assise 30 minutes, reprenant progressivement son souffle. La nuit suivante, j'ai eu une attaque similaire.
Le syndrome de Cheyne-Stokes n'est pas mortel, mais deux autres effets de l'altitude sur le corps humain le sont, et rapidement. Pour des raisons relativement obscures, la réduction de la pression de l'air peut soudain libérer des quantités d'eau importantes dans le corps, remplissant les poumons et entraînant la mort par suffocation interne (oedème pulmonaire) ou remplissant le cerveau et entraînant également la mort (oedème cérébral). Ces accidents sont imprévisibles et peuvent tuer en moins de 24 heures. Des médicaments adaptés retardent la mort, mais le seul véritable espoir est de descendre à des altitudes inférieures où, en général, les symptômes disparaissent. Les oedèmes frappent tout aussi bien les alpinistes débutants que les alpinistes chevronnés. La forme physique n'entre pas en ligne de compte. Le fait que vous soyez déjà monté plusieurs fois à des altitudes élevées ne constitue également aucune garantie. Toutefois les personnes qui sont nées et qui ont grandi à haute altitude ne souffrent pas de ces problèmes. La constitution des fameux Sherpas, une tribu népalaise vivant au pied du Mont Everest, est parfaitement adaptée à l'altitude. Ils surpassent facilement les alpinistes les mieux acclimatés dès les plus basses altitudes. On Cho Oyu I climbed with Norbu who holds the record number ascents of Everest — seven. Chaque mètre de cette ascension fut une vraie bataille, alors qu'il gambadait et fumait cigarette sur cigarette. Depuis sa naissance, ses poumons convertissent l'oxygène en globules rouges plus efficacement que ne le feront jamais ceux d'une personne ayant grandit à faible altitude. Tout son corps est parfaitement adapté à la vie en altitude.
La seule solution pour les habitants des plaines est de tricher avec de l'oxygène stocké dans des petites bouteilles qui tiennent dans un sac à dos. Cet oxygène supplémentaire donne l'impression de se trouver 2 000 mètres plus bas. Ainsi l'Everest, qui est à une altitude de 8 900 mètres semble n'être plus qu'à 6 900 mètres, ce qui simplifie les choses. Mais c'est sans aucune garantie ! Si l'appareil respiratoire gèle ou tombe en panne, ce qui arrive souvent, vous vous retrouvez subitement à 8 900 mètres. La question qui se pose à tout alpiniste qui s'attaque à la haute montagne est de savoir s'il doit utiliser un complément d'oxygène ou non. A 56 ans, qui est encore un âge relativement jeune, je préfère encore y renoncer – Plutôt renoncer à atteindre le sommet que de dépendre de quelque chose d'artificiel. Je changerais peut-être d'avis dans quelques années, mais j'en doute.
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