| Une fois le CO2 concentré capturé, l'étape suivante consiste à trouver un endroit où le stocker. Voici quelques options possibles :  Le stockage en formations géologiques est actuellement la solution la plus prometteuse pour une séquestration à long terme et à grande échelle du CO2. Certains projets ont déjà vu le jour. Pour réduire l'effet de serre et le réchauffement de la planète, il est nécessaire d'empêcher le CO2 de pénétrer dans l'atmosphère pendant des centaines, voire des milliers d'années. Il existe depuis des millions d'années des gisements de pétrole, de gaz, des aquifères salins profonds et des veines de charbon qui ont été peu altérés au fil du temps. Tout laisse à penser que si elles sont gérées correctement, ces formations pourraient permettre un stockage à long terme du CO2.  Beaucoup de gens pensent que l'on trouve le pétrole et le gaz dans d'immenses grottes souterraines. Ce n'est pas le cas. On trouve plutôt ces hydrocarbures dans les roches perméables et poreuses telles que le grès. Ces roches contiennent des espaces microscopiques, appelés pores, qui se gorgent de fluide. Il peut s'agir d'eau, de pétrole ou de gaz. Un gisement de pétrole ou de gaz fonctionne plus sur le principe d'une éponge que sur celui d'une bouteille. Lorsqu'un gisement de pétrole ou de gaz a été exploité pendant une certaine durée, une partie significative des hydrocarbures est supprimée. On dispose donc d'espace pour stocker le CO2. La couche de roche perméable et poreuse contenant ces fluides est recouverte d'une couverture rocheuse imperméable (souvent du sel ou du schiste) qui les empêche de se répandre. En temps normal, le pétrole et le gaz ont tendance à migrer vers les roches perméables, car ils sont plus légers que l'eau, élément abondant dans ces formations rocheuses. Ils y sont piégés par la couverture. Puisque le pétrole et le gaz sont séquestrés dans ce type de formations depuis des millions d'années, tout porte à croire que le CO2 y restera également. La plupart des technologies nécessaires au stockage du CO2 en champs pétrolifères sont déjà utilisées pour un processus appelé EOR (Enhanced Oil Recovery, récupération assistée du pétrole). Lorsqu'un nouveau réservoir est percé, le pétrole est généralement sous pression et jaillit librement vers la surface. Au fur et à mesure que le pétrole s'écoule, la pression chute et le pompage doit être intensifié. Il arrive un moment où le pompage coûte trop cher et doit être stoppé. On peut aussi recourir à de nouvelles techniques pour extraire davantage de pétrole. Une approche consiste à pomper du CO2 dans le réservoir. On peut ainsi augmenter la pression pour que le pétrole jaillisse facilement. En outre, le CO2 se dissout dans le pétrole et le rend moins visqueux, et donc plus fluide. Il subit également une expansion de volume, ce qui augmente davantage la pression. On pompe le CO2 dans le réservoir par le biais d'un "puits d'injection". Celui-ci pousse le pétrole vers un "puits de production" au niveau duquel il remonte à la surface.  Dans l'EOR, le CO2 est pompé dans le réservoir au niveau d'un puits d'injection. Il se mélange avec le pétrole pour former une "zone miscible". La pression du CO2 et l'expansion du pétrole repoussent ce derniers vers le puits de production au niveau duquel il remonte à la surface. Ensuite, le CO2 est séparé du pétrole et peut être ajouté au flux de CO2 pompé dans le puits d'injection. L'EOR a pour effet que le CO2 utilisé pour forcer le pétrole hors de la formation reste séquestré dans le sous-sol. On compte aujourd'hui un grand nombre de projets EOR utilisant l'injection de CO2. Le projet du Champ de Weyburn au Canada en est un bon exemple. | La récupération assistée du pétrole (EOR) a pour effet que le CO2 reste séquestré dans la formation rocheuse. Si l'objectif est de stocker du CO2 et non de récupérer du pétrole, il devient possible d'utiliser les champs pétrolifères déplétés ou en fin d'activité pour la séquestration, même s'ils ne constituent pas des candidats idéals pour l'EOR. Quels sont les problèmes potentiels présentés par la séquestration de CO2 ? La grande question est de savoir si le CO2 va ou non fuir du réservoir. Une fuite serait problématique car elle renverrait le CO2 séquestré dans l'atmosphère et irait donc à l'encontre de l'objectif de ce projet. | | Revêtement de puits  Lors du forage d'un puits de pétrole, l'étape finale du processus consiste à insérer un tuyau d'acier dans le forage et de remplir l'espace entre l'extérieur du tuyau et le forage avec du ciment. Le tuyau, appelé tubage, est ensuite perforé pour permettre le flux de pétrole dans le tuyau jusqu'à la surface. Lorsque le puits est tari, on peut le fermer par le haut. | | Une fuite soudaine provoquerait de nombreuses morts. Le CO2 n'est pas un gaz toxique, mais s'il se substitue à l'oxygène disponible dans l'air, il peut provoquer l'asphyxie. Le CO2 étant plus lourd que l'air, il peut s'accumuler dans les endroits encaissés comme les caves ou les vallées. On connaît des cas de libération naturelle du CO2 ayant provoqué la mort de personnes. On peut citer à ce titre la catastrophe du lac Nyos au Cameroun. Dans cette région, des fuites de dioxyde de carbone provenant de volcans en activité polluent par en-dessous les eaux du lac. Le 21 août 1986, une fuite soudaine de CO2 a envahi les vallées entourant le lac en provoquant la mort de 1800 personnes des villages alentours. Rien ne laisse présager qu'il faille s'attendre à une fuite soudaine du CO2 séquestré dans un champ pétrolifère désaffecté. Par contre, des fuites plus lentes pourraient se produire. Ironiquement, ce sont les puits eux-mêmes qui présentent un problème potentiel. Un champ pétrolifère peut compter des centaines de puits. S'ils sont anciens, il est possible que le ciment entourant le tubage soit détérioré, en permettant ainsi au CO2 de s'échapper. On peut toutefois recimenter les puits de manière à les rendre étanches au CO2 séquestré. Le CO2 peut également s'échapper par les fissures de la couverture rocheuse. La séquestration de CO2 est uniquement proposée dans les régions géologiquement stables, peu susceptibles d'être touchées par un tremblement de terre. Malgré tout, une augmentation de la pression sous la couverture rocheuse, provoquée par la séquestration du CO2 même peut entraîner des fissures. Pour empêcher ce problème, il convient de surveiller la pression en prenant garde à ne pas dépasser les limites de la formation. Il existe de nombreux "pièges" géologiques souterrains et étanches qui n'ont jamais contenu de pétrole ou de gaz. Leurs pores sont remplis d'eau. On les appelles aquifères. Les aquifères les plus adaptés au stockage du CO2 sont situés très profondément sous terre. Ils sont remplis d'eau salée, ce qui les rend inaptes à l'alimentation ou au stockage en eau douce destinée aux hommes. L'eau présente dans l'aquifère provoque une dissolution partielle du CO2. Dans certains types de roches, ce dernier peut réagir avec des minéraux pour former des dépôts de carbonate stables. Le CO2 est alors séquestré de manière permanente. Il convient donc d'entreprendre des études géologiques, comme on le fait régulièrement pour les réservoirs de pétrole et de gaz, afin de confirmer l'absence de fuite de CO2 dans l'aquifère. Le premier programme d'injection de CO2 réalisé pour lutter contre les changements climatiques est situé au large de la Norvège dans un aquifère salin de la Mer du Nord baptisé Champ de Sleipner. On peut aussi stocker le CO2 dans les bassins houillers trop profonds pour être exploités. La houille est principalement composée de carbone. Elle absorbe le CO2 et le séquestre de manière permanente. Les bassins houillers contiennent généralement du méthane. Lorsque le CO2 est pompé dans la houille, il est absorbé de préférence dans le méthane, qui est libéré. La récupération assistée du pétrole (EOR) appliquée ici permet de produire des combustibles utiles tout en séquestrant le CO2. Le problème de cette approche est que la houille gonfle lorsqu'elle absorbe le CO2. Ceci peut entraîner un rétrécissement des voies à travers lesquelles le gaz s'écoule. La capacité de stockage s'en trouve donc limitée. Études de cas sur la capture et le stockage On peut citer deux exemples de projets de capture et de stockage du CO2 en cours : le Champ de Sleipner en mer du Nord et le Champ de Weyburn au Canada. |