J'ai commencé à m'intéresser aux voitures anciennes vers l'âge de 14 ans. Un jour, mon père est rentré à la maison avec deux vieilles Mini qu'il avait achetées 275 francs (environ 42 Euros) au marché aux puces. Pendant tout l'été, j'ai bricolé et démonté les voitures en essayant de comprendre le fonctionnement de la moindre pièce, du moteur aux serrures de portes. Avec un peu d'aide, j'ai finalement réussi, à partir de deux épaves, à remonter une voiture en état de marche.
Demos Pafitis  Tourner la clé, appuyer sur le démarreur et entendre vrombir le moteur a été un grand moment d'émotion. Ensuite, sous l'œil attentif de mon père, j'ai conduit lentement et prudemment dans l'allée en gravier. En grandissant, mes goûts ont évolué : je ne voulais plus seulement savoir comment les voitures fonctionnaient, mais j'étais davantage intéressé par les trésors d'ingéniosité déployés pour faire d'une voiture bien plus qu'un moyen de transport, un véritable objet de plaisir. |
La plupart des voitures n'ont pas radicalement changé au cours des 40 dernières années. Elles sont basées sur une architecture tri-corps : un à l'avant pour le moteur, un au milieu pour les passagers et un à l'arrière pour les bagages. Une roue est placée à chaque coin, et l'ensemble repose sur des ressorts pour rendre le voyage un peu plus agréable aux passagers. Mais certaines voitures ont révolutionné cette idée toute simple et ont introduit des modifications intéressantes et avant-gardistes. C'est le cas de la DS, par exemple. Même aujourd'hui, et malgré son âge, ses lignes sont toujours aussi aérodynamiques et futuristes.
La DS a été présentée pour la première fois au salon de l'automobile de Paris, en 1955, où elle a bouleversé le monde de l'industrie automobile. La voiture cristallisait tellement d'idées nouvelles que ses concurrentes semblaient archaïques. Dès le premier jour du salon, Citroën a enregistré plus de 12 000 commandes. La fabrication de la DS s'est poursuivie jusqu'en 1975 et, même à cette époque, les caractéristiques de base de la voiture rencontraient un vif succès.
Je possède moi-même une D Special de 1971, une conduite à droite fabriquée spécialement pour le marché britannique.
A l'arrêt, la voiture est basse, un peu comme un chat prêt à bondir. Lorsqu'on tourne la clé et que le moteur démarre, l'avant de la voiture s'élève lentement au bout de quelques secondes, puis c'est au tour de l'arrière, un peu comme une soucoupe volante. La voiture doit se soulever ainsi car, contrairement aux voitures dotées de ressorts et d'amortisseurs remplis de liquide pour supporter le châssis au niveau des roues, la DS est équipée de quatre sphères remplies de gaz pressurisé, alimenté par le flux du liquide hydraulique provenant d'une pompe à haute pression. Le système hydropneumatique du véhicule contrôle non seulement la suspension, mais également la direction et les freins. Du jamais vu pour l'époque !
Les liaisons entre chacune des sphères remplies de gaz assurent une parfaite tenue de route, quel que soit l'état du revêtement routier ou la charge. Ce système garantit une conduite très confortable et réserve quelques agréables surprises au profane. Par exemple, pour prouver le niveau de sécurité de la suspension hydropneumatique, il est tout à fait possible d'enlever l'une des roues et de conduire sur les trois roues restantes, au cas où un pneu éclaterait. Toutefois, je déconseille cette expérience si vous n'êtes pas cascadeur ! De même, élever le niveau de la voiture de 20 cm au moyen d'un levier situé à côté du conducteur permet de conduire sur les routes les plus accidentées ou de traverser une flaque d'eau profonde. Toutes ces fonctions, qui paraissent assez bizarres pour une voiture des années 1990, étaient révolutionnaires pour une voiture de 1955.
Si vous jetez un coup d'oeil à l'emplacement de la pédale de frein, vous verrez que ce qui fait office de frein, c'est un gros champignon noir en caoutchouc, de la taille d'une balle de tennis coupée en deux. Effleurez-le à peine car les freins sont très sensibles. Avis aux imprudents : une pression normale sur la pédale peut littéralement vous projeter sur le volant. Il suffit d'effleurer doucement le dôme pour arrêter la voiture en douceur, quel que soit son poids ou sa vitesse. Tous ces systèmes hydrauliques conçus par les ingénieurs de Citroën font de la DS une voiture extraordinaire.
Mais outre les trésors techniques cachés de cette voiture, ce qui m'a le plus fasciné dès le début, c'est son apparence, avec ses énormes phares à l'avant qui pivotent en même temps que les roues avant et ses lignes aérodynamiques chromées qui partent du toit et se prolongent vers l'arrière de la voiture où elles se terminent par deux feux orange, le tout dans un style très inhabituel pour une voiture « ancienne ». Ce qui me plaît en elle, c'est sa technique révolutionnaire alliée à son design bien pensé et à son petit côté latin, qui ne gâche rien.
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