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Par amour du jeu

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La batte à la main au Venezuela

La batte à la main au Venezuela

« Lorsque j'étais entraîneur, je me suis occupé de quatre joueurs qui ont continué à jouer comme professionnels à divers niveau. L'une de mes plus grandes joies a été de voir un petit garçon de 6 ans, qui savait à peine comment enfiler son gant pour jouer au T-ball (l'initiation au base-ball et au softball), devenir un grand gaillard de 18 ans qui joue maintenant en deuxième division quelque part au sud de la Floride. Même si son nom n'apparaît que rarement dans les pages sportives, je suis fier de dire que j'ai été son premier entraîneur et que je suis peut-être pour quelque chose dans sa réussite. »

Warren Levy
Responsable Equateur,
Drilling and Measurements

J'ai commencé à jouer au base-ball pratiquement dès que j'ai su marcher. Je me revois dans notre jardin à Toronto, au Canada, où j'ai grandi, en train d'échanger des balles avec mon père pendant les longues soirées d'été. A cette époque, les Canadiens ne pensaient qu'au hockey. C'était avant que les Blue Jays gagnent leurs deux titres mondiaux en 92 et 93. L'été était réservé aux stages d'entraînement de hockey. Le base-ball, c'était juste pour passer un peu de temps avec les amis sur les terrains vagues du quartier. Mais j'adorais échanger des balles avec mon père et je ne ratais pas une occasion de jouer au base-ball.

Pour mes sept ans, mes grands-parents m'ont emmené assister à mon premier match de base-ball professionnel, où les Blue Jays de Toronto jouaient contre les City Royals du Kansas. Je me souviendrai toujours de l'effet que ce match a eu sur moi. Pour la première fois de ma vie, j'ai réussi à me concentrer sur quelque chose pendant plus de 10 minutes.

En continuant à jouer au fil des ans, j'ai réalisé que je me débrouillais plutôt bien en base-ball. J'aimais ce jeu. J'appréciais vraiment ce mélange de lenteur et d'intensité. J'aimais particulièrement cet instant, entre chien et loup, où l'air devient plus dense, juste avant que les projecteurs s'allument pour une nuit de base-ball. Tous les étés, je participais aux matches de ligue et je jouais avec mes amis dès que je pouvais les convaincre de me rejoindre dehors.

Lorsque j'ai eu 14 ans, j'ai commencé à moins m'intéresser au jeu car j'étais bien occupé entre l'école, les petits boulots d'été et les sorties avec mes amis. Un de mes entraîneurs a demandé à quelques professionnels du base-ball de jeter un coup d'œil sur ce gamin de 14 ans, qui mesurait 1 m 83 pour 104 kg et qui pouvait envoyer la balle au-delà de la clôture du diamant. J'ai caressé l'idée de jouer sérieusement, mais je n'étais pas assez rapide pour pouvoir tenter le coup. J'ai laissé tombé au milieu de l'été où j'ai réussi 21 home runs en 7 matchs (lorsque le joueur envoie la balle assez loin pour avoir le temps de faire le tour des bases en une seule fois), alors que je jouais en troisième division dans notre banlieue de Toronto. Je savais que je ne jouerais jamais en professionnel et j'ai préféré me consacrer à d'autres choses plus importantes.

Au printemps suivant, un de mes amis m'a demandé si je voulais bien l'aider à entraîner l'équipe de T-ball dans laquelle jouait son neveu de six ans. J'ai d'abord hésité, mais Andy m'a finalement convaincu. Nous avons passé les quatre étés suivants à amener ces garçons au meilleur niveau. C'est ce qui a déclenché ma passion et mon envie d'aider d'autres joueurs à exploiter leurs capacités au mieux.

Lorsque j'ai commencé à entraîner, je me suis mis en tête de trouver la meilleure méthode d'entraînement. J'ai tout d'abord regardé comment se comportaient les autres entraîneurs sur les terrains et dans les matchs professionnels. Je les ai regardés faire, pas tant d'un point de vue stratégique mais plutôt pour voir comment ils s'y prenaient pour motiver leurs joueurs. Certains entraîneurs hurlent. D'autres supplient leurs joueurs. D'autres encore les cajolent pour qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes. Il y a des entraîneurs très spéciaux qui réussissent, on ne sait comment, à insuffler un sentiment de grandeur à leurs joueurs en se contentant de leur parler. J'ai découvert que je n'appartenais à aucune de ces catégories types. Je suis plutôt devenu un entraîneur qui observe ses joueurs. J'essaie de comprendre mes joueurs et de trouver ce qui crée le déclic, ce qui peut les pousser à se surpasser et ce qui peut au contraire les faire échouer. Pour chaque joueur que j'ai entraîné, j'ai légèrement changé de style.

Pendant ma dernière année de lycée, aucun professeur ne voulait prendre la responsabilité d'entraîner notre équipe. J'ai réussi à convaincre l'école que je pouvais m'en occuper. Apprendre à motiver des joueurs de mon âge était un nouveau défi à relever. Cette expérience s'est révélée particulièrement intéressante car notre équipe se composait de six joueurs qui avaient joué en équipe nationale et de cinq autres qui avaient joué dans l'équipe de notre province. Au final, j'ai privilégié le plaisir du jeu. Les entraînements décontractés et l'ambiance bon enfant qui y régnait aidaient à motiver ce groupe de joueurs talentueux et ils revenaient s'entraîner jour après jour. Nous avons eu une année couronnée de succès et c'est sur ces victoires que j'ai fait mes adieux au lycée.

Une fois sorti du lycée, mon diplôme en poche, je cherchais un petit boulot pour l'été. Ma sœur est rentrée à la maison un après-midi après m'avoir inscrit pour passer un entretien pour être entraîneur dans un camp d'été de base-ball qui venait d'ouvrir. Quoi de plus agréable que de passer l'été en jouant au base-ball ? J'ai passé les 10 semaines suivantes à enseigner les principes les plus subtiles du jeu à des groupes de garçons et de filles. Certains des enfants étaient venus par amour du base-ball, mais tous les autres avaient atterri là parce que leurs parents ne savaient pas comment les occuper tout l'été. Au début, les enfants avaient des capacités très inégales. Certains jouaient déjà un base-ball de qualité tandis que d'autres n'avaient jamais joué ne serait-ce qu'au T-ball. C'était également dur de faire évoluer tous ces enfants d'âge très différent (de 7 à 15 ans) au sein d'un même camp et en leur faisant tous pratiquer les mêmes activités pendant tout l'été. Au cours des deux étés que j'ai passés dans ce camp, j'ai pu peaufiner mes capacités d'entraîneur en tirant le meilleur parti de cette grande disparité de joueurs. J'ai appris à rendre ces activités amusantes, même pour les enfants qui n'avaient pas très envie d'être là. Quant aux joueurs doués, l'idéal était qu'ils s'améliorent mais également qu'ils transmettent une partie de ce qu'ils avaient appris aux moins bons joueurs. Au terme de ces deux étés, j'avais gagné ma plus belle récompense : j'avais réussi à former une équipe à partir d'un groupe disparate de joueurs qui non seulement jouaient bien ensemble mais avaient eu aussi beaucoup de plaisir à le faire.

J'ai pu peaufiner ce talent plus tard, lorsque j'étais entraîneur de l'équipe de mon université. L'association canadienne de base-ball interuniversitaire (Canadian Interuniversity Baseball Association) existait depuis 1993 et nous espérions monter une équipe pour la saison 94-95. Deux étudiants du groupe se sont attelés à la tâche longue et difficile de création de l'équipe. Comme l'association était encore jeune, l'université ne nous reconnaissait pas en tant qu'équipe d'un sport officiel et ne nous apportait aucun soutien. Tout, du matériel aux tenues, en passant par les balles et la location des terrains, devait être payé de la poche des joueurs. Nous avons réussi à monter une équipe en 1994 mais nous n'avons pas vraiment rejoint la ligue avant 1995. Ce n'était pas chose facile de motiver un groupe d'étudiants déjà abruti par 40 heures de cours par semaine à s'extraire de leur lit à 5 heures tous les matins. Nous nous entraînions le matin et souvent le soir également. Les joueurs arrivaient épuisés après avoir veillé tard la veille pour étudier et ils repartaient encore plus fatigués. Nous jouions tous les week-ends, deux matchs le vendredi et un le samedi. Il fallait entre trois et sept heures de route pour aller jouer les matchs à l'extérieur. Les joueurs profitaient du trajet en bus pour étudier ou récupérer le sommeil en retard. En regardant ces gars autour de moi qui refusaient que le manque de sommeil fasse obstacle à leur passion du jeu, j'ai pu me rappeler ce qui me plaisait le plus dans ce jeu. Quand je contemplais le sourire radieux d'un joueur qui venait de frapper un home run ou que je voyais la joie éclater après un beau coup ou une victoire remportée à la dernière minute, c'était contagieux. Cet été-là, j'ai repris mon gant et ma batte pour rejouer en compétition pendant les cinq années qui ont suivi.

Notre travail assidu a porté ses fruits car l'équipe est maintenant officiellement reconnue par l'université et elle obtient toujours de bons résultats. Les étudiants font vivre l'équipe et continuent de payer la majorité des dépenses liées au jeu.

Grâce à l'entraînement, j'ai réalisé que les jeux que nous aimions tant étant gamins pouvaient nous permettre, une fois adultes, de retrouver cette joie inconditionnelle que nous pensions avoir perdue en grandissant. En entraînant au T-Ball, j'ai appris comment donner l'amour du jeu à des joueurs sans compétence. Au cours des étés passés au camp de base-ball, je devais faire en sorte que les enfants qui n'avaient pas envie d'être là m'écoutent tout de même et je devais les orienter dans la direction qui ferait progresser l'équipe. Au lycée et à l'université, j'ai commencé à comprendre comment susciter et conserver le respect de joueurs souvent plus vieux et plus compétents que moi. Chacune de ces expériences m'a également aidé à comprendre comment pousser les gens à dépasser ce qu'ils croyaient être leurs limites. Ces compétences m'ont énormément aidé dans ma carrière professionnelle. Dès que l'occasion se présente, j'aime toujours offrir mon temps libre pour entraîner des joueurs. Aujourd'hui, lorsque je trottine sur un champ intérieur de base-ball, je ressens un peu la même joie que lorsque je jouais avec mon père dans notre cour étant gamin.

Non seulement les sports d'équipe nous unissent mais ils nous apprennent aussi comment nous surpasser et comment donner aux autres l'envie de se surpasser. Le sport nous permet de connaître la joie de la victoire et à gérer une défaite. C'est également un moyen formidable de rencontrer des gens et d'en apprendre davantage sur soi-même. Quel que soit le sport que nous aimions étant enfants, il mettra toujours un sourire sur nos lèvres si nous réussissons à y jouer avec la même désinvolture et la même joie que lorsque nous étions jeunes.

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